Jean Staune, pourquoi avoir cumulé autant
de diplômes et de recherches ? Etes-vous un boulimique du savoir ?
Ce n’est pas pour
rien que j’ai créé une université populaire à Paris qui porte le nom d’
Université Interdisciplinaire de Paris (www.uip.edu).
En effet, ma quête personnelle a toujours été une quête d’interdisciplinarité.
J’ai été très frappé par cette phrase du grand physicien et philosophe français
Bernard d’Espagnat qui est un de mes maîtres à penser et qui a dit : “parlant
de la science moderne, il y a d’admirables morceaux mais il n’y nulle part de
statue”.C’est pour tenter de contribuer à résoudre ce problème que j’ai voulu
aborder par de nombreux angles différents des connaissances de notre époque.
Alors que chacun a tendance a s’enfermer dans sa spécialité, nous avons besoin
de gens capables d’effectuer des ponts entre les disciplines.
C’est ce que j’ai essayé de faire à mon niveau avec un ouvrage comme “Notre
existence a t elle un sens ?” qui met en perspective les implications
philosophiques et métaphysiques dans les sciences de la matière, de l’univers,
de la vie et de la conscience.
A
supposer que l’existence ait un sens, comme vous le prônez, quel en est le mode
d’emploi et quelle validation vous semble possible ?
Tout d’abord je
parle du sens de notre existence et non du sens de notre vie. Nous donnons tous
un sens particulier à notre vie (l’amour de nos enfants, de notre travail …)
Mais la grande question est de savoir si le fait que nous existions en tant
qu’êtres conscients situé sur la troisième planète d’un système solaire dans
une galaxie comme la nôtre, est-ce que cela a un sens, ou est-ce le résultat de
fluctuations aléatoires au cours des 15 milliards d’années d’évolution de
l’univers ?
Cette question-là peut être approchée sur le plan scientifique, sur le plan de
la rationalité, sans préjugés d’ordre philosophique et religieux. C’est cela le
sens de la démarche que j’ai accomplie dans mon ouvrage. Je parcours les grands
domaines que sont l’étude de la matière, de l’univers, de la vie, de la
conscience et je regarde à chaque fois les interprétations que l’on peut tirer
des découvertes effectuées dans ce domaine.
J’analyse les implications philosophiques et métaphysiques de ces découvertes sous
l’angle de savoir si elles parlent plus en faveur d’un univers porteur de sens
ou à l’inverse d’un univers issu du hasard.
Si l’on ne peut avoir une réponse définitive à ces questions, on peut néanmoins
montrer que la vision du monde issus des sciences penche plutôt en direction
d’une conception non matérialiste que d’une vision athée.
Vous
alliez physique et métaphysique : Or, la foi n’est-ce pas ‘révérer Dieu sans le
connaître’ comme l’affirmait St-Paul dans (Actes 17,23) ?
Certes,
mais entre ce que démontre mon livre et la foi en un Dieu créateur qui s’est
manifesté par des écritures comme les évangiles, il existe, comme je le montre
dans ma conclusion, sept étapes qu’il nous faut franchir comme l’on gravit une
échelle de Jacob, en faisant à chaque fois un pari supplémentaire, et c’est là
bien sûr là où la foi et non plus la science intervient.
Ce que démontre,
selon moi, la science actuelle c’est que notre univers ne s’explique pas
uniquement par lui-même, que la réalité ne se limite pas à ce que nous pouvons
voir mesurer, toucher et qui existe dans le temps et dans l’espace.
Il est également
très probable que l’esprit humain soit en contact avec cet autre niveau de
réalité, entre autres via la perception de la notion de vérité en
mathématiques, si l’on suit le témoignage d’un certain nombre de grands
mathématiciens.
Mais cette
deuxième étape ne peut être, néanmoins, considérée comme démontrée. Toutefois,
l’ensemble des religions, et pas seulement les traditions monothéistes,
reposent justement sur ces deux postulats, l’existence d’un autre niveau de
réalité et un lien d’une nature particulière entre l’esprit de l’homme et cet
autre niveau de réalité.
Voir la science démontrer le premier et rendre le second concevable sur
des bases uniquement rationnelles est donc un pas très important dans le
rapprochement entre science et religion. Néanmoins, bien des étapes sont encore
nécessaires pour arriver à la croyance en un Dieu personnel capable de répondre
à nos prières.
Propos recueillis par Maria Zufferey