Le monde et Staune
Le professeur Jean Staune propose un nouveau modèle de vision du monde. Présent en Valais ces jours, il parle de son enquête scientifique et philosophique.Le professeur Jean Staune se demande si cela a un sens que nous existions en tant qu'espèce intelligente sur la
troisième planète d'une étoile qui est basée aux deux tiers de la galaxie.
Vingt années de recherches, d'enquêtes et de rencontres, c'est la somme du travail effectué par le professeur Jean Staune pour écrire son ouvrage «Notre existence a-t-elle un sens?» Une vaste question à laquelle répond le professeur - présent actuellement en Valais pour animer des ateliers au lycée-collège des Creusets à Sion - en élaborant une
vision nouvelle qui décrit un monde ouvert sur d'autres niveaux de réalité.
Le scientifique vise à échapper à la parcellisation du savoir, à l'opposition historique entre la science s'occupant du «comment» et la philosophie et la religion se rattachant au «pourquoi». Selon le professeur Staune, la science moderne a une capacité réelle à rouvrir les chemins du sens, à «réenchanter le monde». Rencontre avant la conférence
qu'il animera ce soir aux Creusets.
Le titre de votre ouvrage est «Notre existence a-t-elle un sens?» Vous avez la réponse?
Je dirai que la réponse est oui et non. D'un côté, je veux que le lecteur se fasse une opinion par lui-même, je ne veux pas penser à sa place, et j'ouvre une série d'options à la fin. Il y a bien une colonne vertébrale et une conclusion dans le livre, et cette conclusion est celle-ci: les données scientifiques que je rassemble sont plus en faveur de l'idée qu'on n'est pas là par hasard, et que donc, notre existence s'inscrit dans quelque
chose qui est éventuellement porteur de sens.
Mais je ne prétends pas le prouver, je prétends donner des indices éventuels. Et je les rassemble, c'est ça qui est nouveau. Il n'y a aucun livre de ce type qui rassemble ce genre de données... J'ajouterai que quand je dis «Notre existence a-t-elle un sens?» ce n'est pas «Notre vie a-t-elle un sens?» Ce n'est pas le sens de la vie, entre l'amour de notre femme, de nos enfants, de notre travail, etc. On a tous un sens à la vie... Quand je dis «Notre existence», c'est-à-dire le fait que nous existions en tant qu'espèce intelligente sur la troisième planète d'une étoile qui est basée aux
deux tiers de la galaxie. Est-ce que cela a un sens?
Pourquoi ne pas prouver ce que vous avancez dans le livre?
S'il existe un dieu créateur, je pense qu'il nous laisse libres de ne pas croire en lui. Si cette hypothèse - qui est théologique, et pas scientifique - est vraie, je pense qu'une démonstration scientifique de son existence est à jamais impossible. Logique! Par contre, je pense qu'on peut avoir des indices, des pistes, des traces qui peuvent aider
ceux qui ont envie de chercher.
Vous donnez une nouvelle vision globale du monde en liant les éléments...
Oui, je relie cinq grands piliers: la matière, l'univers, la vie, la conscience et la mathématique. C'est les cinq plus grands domaines scientifiques qui existent, voyez-vous. En reliant ces différents piliers, je montre qu'une nouvelle vision du monde a émergé - ou est encore en train d'émerger dans certains domaines - au XXe siècle et au début du
XXIe.
Quelle théorie tirez-vous de la liaison de ces piliers?
Cela donne un nouveau paradigme que j'ai appelé «La voie de l'incomplétude, je sais pourquoi je ne sais pas». On peut vous dire qu'on ne sait pas aujourd'hui mais qu'on saura demain: grave erreur! La nouvelle vision du monde vous explique avec une très grande précision pourquoi, par exemple, on ne saura jamais la position et la vitesse d'une même particule au même moment. Ce n'est pas une absence de connaissance, une défaite de la pensée, c'est une victoire. On sait très bien pourquoi on ne pourra jamais prédire le temps à trois semaines: à cause de l'effet papillon; on sait très bien pourquoi aucun système logique humain ne sera à la fois complet et cohérent s'il utilise des nombres (ce qui est le cas de tous les systèmes formels): à cause du théorème de Gödel (qui nous dit justement que tout système qui utilise la théorie des nombres est complet, mais alors incohérent, ou s'il est cohérent, il est incomplet). Tout cela, on l'a démontré, donc, je sais pourquoi je ne saurai pas certaines choses. Il y a encore deux points que je mets à part, parce qu'ils sont plus discutés: la biologie et la neurologie. Dans ces deux domaines-là, les idées que je présente dans mon livre sont minoritaires. Dans ces deux domaines, je prends le soin de commencer par
présenter toutes les idées sur la table.
Vous parlez aussi de «réenchantement du monde». Qu'entendez-vous par là?
C'est une nouvelle synthèse qui montre un monde beaucoup plus subtil, plus complexe, plus mystérieux, ce qui ne prouve pas l'existence de Dieu mais est bien sûr plus compatible que la vision classique avec cette idée. Le réenchantement du monde, ce n'est pas prouver que Dieu existe, c'est dire: «Finalement, ce monde qu'on croyait banal, constitué de petits atomes, de petits machins de mécanique de rien du tout est beaucoup plus riche, plus subtil, il a d'autres dimensions, il échappe en partie au temps et à l'espace, et même à l'énergie et à la matière, en partie.» C'est, entre autres, le
domaine passionnant de la mécanique quantique qui amène à ces conclusions.
Vous dites que la force de la science réside dans la négation et non dans la validation. C'est contraire aux idées reçues...
Cette idée vient de Karl Popper, grand philosophe. C'est l'idée de la réfutabilité. Comment savoir qu'une théorie scientifique est vraie? Tout simplement en disant: «Aujourd'hui, on n'a pas encore réfuté cette théorie.» Mais demain?... Vous ne pouvez pas être certain que cette théorie ne va pas être dépassée. Pendant 300 ans, on a cru la théorie de Newton, et puis un jour on a trouvé la théorie d'Einstein et on s'est dit: «Mince, alors, on s'est trompé pendant 300 ans!»... Pour être rigoureux, je dirai que la science progresse de deux façons: en éliminant définitivement certaines théories, et en disant que certaines théories que l'on croyait absolument vraies sont en fait partiellement vraies, et qu'elles ne sont pas effacées mais dépassées. C'est le cas de Newton, alors que le modèle
de Ptolémée est, lui, totalement périmé.
Vous traitez aussi de questions de société. Quelle vision avez-vous du monde actuel?
Je suis optimiste, parce qu'il y a un réenchantement du monde. Et je pense que ce réenchantement peut s'implémenter, d'une façon ou d'une autre dans la société, et, entre autres, dans l'entreprise. En résumé, la vision classique de Newton, Copernic et compagnie montre le monde comme une grande mécanique, comme une horloge avec des rouages, où ne nous sommes que des pièces d'une grande mécanique. C'est très déshumanisant, entre autres pour une vision de l'entreprise. Si cette vision du monde est fausse - c'est justement ce que montre mon bouquin - , alors les dirigeants doivent prendre en compte une autre vision. Celle d'un monde beaucoup plus riche, plus incertain, mais aussi beaucoup plus ouvert à la créativité, où la force principale va devenir la créativité individuelle, l'intelligence, l'information. Un monde qui va aussi intégrer des dimensions éthiques - commerce équitable, développement durable, dignité de l'homme...
Toutes ces idées vont être favorisées dans la société.
Propos recueillis par Joël Jenzer
Encadré situé en dessous de l’entretien
Les empêcheurs de penser
Face aux théories élaborées dans son livre par le professeur Jean Staune se dressent des voix qui souhaitent en
empêcher la diffusion :
« C’est le même discours que l’inquisition, mais aujourd’hui, ils sont de l’autre côté » explique
Jean Staune.
« Ces gens sont plutôt du côté du scientisme, c’est-à-dire d’une vision matérialiste et athée, quasiment fanatique, du monde. Certains collègues du professeur ont vu leur carrière brisée par ces groupements contestataires. « Il y a certain nombre de gens qui freinent la diffusion des connaissances. »
Pour Jean Staune,
« La révolution conceptuelle est menacée par ce qu’il appelle les lunatiques, des gens qui vont utiliser la mécanique quantique pour parler avec des anges, les esprits » et par les obscurantistes, qui vont s’opposer à la
diffusion de ces idées
.
« Aujourd’hui, il y a des choses fascinantes et merveilleuses à découvrir. Elles sont soutenues par un petit nombre de grands scientifique stout à fait rigoureux. Ces idées sont capable de réenchanter le monde, mais elles sont freinées à la fois par le mauvais usage que peuvent en faire les lunatiques et par les fanatiques rationalistes, qui entravent la diffusion.
» JJ